Ici,
je partagerai
ce que personne n'aime partager :
la Vérité...
... sur moi
et sur ma vie passée...
Ici,
je raconterai ma vie...
Je suis sans nul doute atypique dans mon rôle de
guerrier de la Lumière.
Je ne viens pas avec des prières et des boniments, mais avec une épée sanglante que je pointe sur le monde comme un doigt accusateur...
Je ne suis pas méchante. Vous allez le constater, je suis même plutôt arrangeante...
Je suis née un jour de novembre, dont je ne me souviens absolument pas...
La première leçon de vie dont j'aie pu me souvenir, c'est ma grand-mère maternelle qui me l'a donnée.
À présent qu'il m'a été donné de reconstituer tout ce que ma mémoire contenait d'essentiel, je suis en mesure de relater tous les détails, même mes pensées
d'alors...
J'avais quelque chose comme deux ans.
Samba, le chien de ma grand-mère, était un vieux roquet noir et blanc, qui n'avait pas particulièrement bon caractère.
Moi, j'étais une enfant...
J'adorais m'appuyer sur le bord de la table avec mes coudes et laisser balancer mes pieds, mais Samba n'a j'amais apprécié ce jeu.
Un jour, il a tenté de me mordre le pied...
Samba venait de m'attraper par une de mes sandales.
Du haut de mes deux ans, je me prenais au sérieux, et je commençais à en avoir assez qu'il vienne toujours m'imposer sa loi.
J'ai lâché le bord de la table, j'ai reculé d'un pas, je me suis penchée pour voir le chien...
J'avais envie d'être son amie, j'avais envie qu'on soit copains, mais lui, il ne voulait pas de moi, et moi, je me faisais gronder quand monsieur le chien avait ses humeurs et m'aboyait
dessus...
Comment allais-je pouvoir faire pour m'affirmer, pour lui montrer que je ne suis pas méchante, que je ne lui veux aucun mal, et qu'il n'a pas besoin d'être méchant avec moi, d'essayer de me
mordre...?
J'avais essayé par la gentillesse, Samba n'en avait pas voulu, et les adultes m'avaient grondée, parce que, d'après eux, c'était moi qui étais allée embêter le chien...
Cette fois-ci, j'avais balancé mes pieds. Je ne savais même pas que Samba était là, et lui, il ne grognait pas avant de croquer...
Il avait un droit qu'on ne m'accordait pas...
Pour lui faire comprendre que je ne lui voulais aucun mal, il faudrait peut-être uniquement que je lui balance mon pied dans le museau, même pour du semblant, pour qu'il puisse faire la
différence entre ce que je pourrais lui faire, et ce que je lui faisais vraiment.
S'il me laissait tranquille, j'étais prête à l'ignorer, mais il ne m'ignorait jamais, lui, et les adultes comprenaient toujours que j'étais l'enfant, et supposée me comporter de manière à ce que
le chien ne soit pas mécontent...
Je réfléchissais ainsi... et ma grand-mère m'entendait littéralement penser...
Elle ne m'a dit qu'une chose, quelques mots, une fois qu'elle avait deviné quelles étaient mes intentions...
"Ne fais jamais à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse."
Mon raisonnement de petite fille en a fait autre chose que ce que ma grand-mère y voyait, c'est sûr.
Je me suis demandé de quelle manière le chien pourrait me rendre le coup de pied que j'avais envisagé de lui donner, juste pour qu'on se comprenne un peu mieux tous les deux...
C'était rigolo de me l'imaginer avec une de mes sandales autour du museau...
Mais le fond de ce que ma grand-mère m'avait dit me semblait tellement logique que je l'ai instantanément choisi pour règle de Vie...
Le souvenir de cet instant n'était, depuis longtemps, plus dans ma mémoire, mais j'ai fait mon possible pour vivre selon
cette règle, qui me semblait entièrement logique.
Le Temps a passé, j'ai grandi...
J'ai oublié cette toute première leçon de Vie de mon existence...
J'avais sept ans quand ma grand-mère est décédée...
Avec le Temps, j'ai oublié ma grand-mère elle-même...
De temps à autre, il me revenait un souvenir d'elle, mais j'en avais si peu...
J'ai grandi, et c'est tout juste si ma grand-mère a pu apprendre que j'étais entrée à l'école et y travaillais
vraiment très bien...
J'ai grandi, et j'ai pris d'assaut les langues, comme je l'avais toujours voulu...
J'ai grandi, et j'aimais écrire, ce dont, dès l'âge de onze ans et demi, je ne me suis plus jamais privée...
J'ai grandi, et j'ai eu des enfants, j'ai travaillé, j'ai vécu, mais sans vivre vraiment...
J'ai grandi...
J'ai même commencé à vieillir un peu...
Un jour - je devais avoir quelque chose comme quarante ou quarante-deux ans, j'ai eu une conversation avec ma
mère, où nous débattions des conséquences que l'enfance laisse sur la personnalité et le raisonnement de l'adulte...
Je lui expliquais qu'à mon travail, plusieurs personnes m'avaient fait la remarque que je n'étais pas suffisamment féminine pour le travail que je faisais et le milieu dans lequel
j'évoluais...
Je voulais expliquer à ma mère que cela provenait vraisemblablement en partie du fait que, lorsque j'étais petite, j'entendais souvent une remarque dès que je me regardais dans un miroir...
"Im Spiegel ist der Teufel..."
Dans le miroir, il y a le diable...
Immédiatement ma mère a protesté de son innocence et tout rejeté sur sa mère à elle...
"C'était ta grand-mère qui te disait toujours ça. Moi, je n'ai jamais rien dit de tel... !"
Aujourd'hui, en écrivant ceci, je me souviens subitement...
Ce que me disait ma mère, c'était "arrête de faire le singe devant le miroir"...
Entre le diable et le singe, j'ai donc toujours eu le choix...
L'humanité entière a ce choix, je crois...