Je n'aurais pas pu constater grand-chose, dans la position où je me trouvais.
Critiquée par tout le monde, n'ayant jamais été capable de satisfaire quiconque, je ne pouvais que supposer que j'avais encore du chemin à faire avant d'atteindre le niveau de perfection
satisfaisant, qui me donnerait un droit, à moi aussi, d'obtenir le respect de mes concitoyens, de mon entourage, de quidams, qui, souvent, me prenaient pour cible, comme s'il y avait eu quelque
chose d'inscrit sur mon front, que j'aurais été seule à ne jamais avoir aperçu...
On se sent seul dans ces instants...
On se sent d'autant plus seul que tous les autres semblent faire front, collectivement, se donnant raison mutuellement...
On se sent seul, parce que toutes les nouvelles têtes, toutes ces personnes charmantes, avec lesquelles on était sûr de pouvoir s'entendre, finissent par glisser progressivement dans le camp de
cette majorité écrasante, qui n'argumente pas, mais qui sanctionne, et où chacun est sûr d'avoir raison, et également sûr qu'il raisonne...
Je n'étais pas abandonnée. J'avais des enfants. Mais, que voulez-vous, maintes fois, le fait d'avoir des enfants, surtout
pour une femme seule, c'est le premier motif pour avoir envie de détruire sa réputation...
Etait-ce la cause...? Je l'ignorais alors, et je l'ignore encore...
On ne m'a jamais dit pourquoi on m'en voulait...
On trouvait subitement un motif pour venir me le déclarer, mais les motifs invoqués m'ont toujours eu l'air d'être exagérés, du fait qu'ils empiétaient généralement sur ma vie privée, sur des
choses qui, théoriquement, n'auraient jamais dû "regarder" quelqu'un d'autre que moi.
Lorsqu'un conflit s'annonçait, j'avais à chaque fois l'impression d'avoir été mal comprise dans ce que j'avais prononcé, mais une fois que mes interlocuteurs commençaient à s'énerver, ils ne
m'accordaient plus aucun droit de m'exprimer, de sorte que je n'avais aucun moyen de défense, ni aucun droit de réponse... !
C'était comme si on ne m'accordait aucune chance, comme si on m'avait condamnée d'avance, et je n'avais même pas le droit, généralement, d'apprendre pour quel motif on m'en voulait vraiment,
même si je posais la question directement.
Avec le temps, et au fil des répétitions de cette sorte de situation, j'en suis arrivée à me dire que ceux qui s'en prenaient ainsi à moi n'avaient pas conscience de ce qu'ils faisaient
exactement, qu'ils agissaient, parlaient et même agressaient comme machinalement, qu'ils attrapaient au vol l'un ou l'autre mot dans une conversation où ils n'écoutaient que d'une
oreille, et que la suite n'était rien d'autre que leur manoeuvre pour pas qu'on s'aperçoive qu'ils n'avaient pas du tout écouté, mais parlé sans rien dire, parlé à côté de la question...
Seulement, c'est évidemment là une théorie, une supposition, qu'aucun d'eux ne serait venu spontanément me confirmer, encore moins si j'avais posé la question directement.
Une fois, cependant, que je partais de ce postulat, je commençais à sentir venir le vent. Dès que l'échange devenait incohérent, j'ai observé les réactions de l'autre intervenant, et je me suis
mise à me demander si l'action de masquer un défaut d'attention était doublée d'un jeu de rôle, où on joue "à être offusqué", et où on se prend tellement au jeu qu'à la fin, on a besoin de se
passer les nerfs sur quelqu'un...
Si l'énervement avait été justifié, je n'aurais jamais protesté, j'ai toujours su admettre mes erreurs...
Mais une fois qu'un tel énervement a donné lieu à une protestation d'innocence, que la protestation d'innocence a été prise pour une réponse offusquée à une accusation justifiée, cette
protestation d'innocence devient immédiatement la première agression...
Ensuite, une litanie d'accusations et de protestations a été prononcée, sans qu'on parvienne à placer un mot dans pareille conversation...
À partir de là, on est virtuellement vraiment coupable : Tous les arguments qu'on n'a pas su contrer peuvent tranquillement tenus pour vrais...
Tout le monde estime que celui qui a le moyen de se défendre se défendra et sera cru et pris au sérieux dans sa défense.
Tout le monde est sûr ce les accusations contre lesquelles on n'a pas su se défendre étaient entièrement justifiées.
Personne ne tient compte du fait que lorsqu'on se trouve accusé de différents travers ou abus, et que les reproches fusent comme sortis d'une mitraillette, qu'on est contamment interrompu, qu'on
n'a pas le moyen de se prononcer, ce n'est pas faute d'avoir essayé qu'on a pas su se disculper...
Personne non plus ne tient compte du fait que dans cette averse d'agressivité, on n'a même plus en mémoire tous les détails qui étaient reprochés, mais uniquement le dernier, ou alors le plus
blessant, le plus injuste, le plus attristant...
Personne ne tient non plus compte du fait que dans l'assemblée des témoins règne un même climat à cet instant. Chacune des personnes présentes mémorise un ou plusieurs détails. Les
témoins ne mémorisent pas tous les mêmes détails, mais ils en discuteront, parce qu'il est coutume de se remémorer ensemble les situations où on a été choqués à plusieurs,
par la faute d'un seul.
Dans de telles discussions, on se remémore les différents détails qu'on a entendus, parce que l'un n'a pas les mêmes sur sa liste que l'autre.
Plus on affirme son assurance sur le fait qu'un seul s'est montré choquant pour plusieurs, et plus on considère celui-là comme indigne d'être traité et abordé comme un être humain. On commence
alors volontiers à le traiter comme un enfant, lui parlant comme s'il ne comprenait rien, comme si on ne lui croyait rien, lui montrant combien on le méprise, lui faisant voir combien on estime
qu'il devrait faire quelque effort, le premier de son existence, pour commencer, enfin, à au moins essayer de s'intégrer à la société...
Celui qui vit cela, en boucle et à répétition, depuis dix, quinze, vingt, trente ou même quarante années peut arriver à un point de rupture...
Plus facilement encore, il peut trouver dans son entourage des personnes qui lui annoncent ce point de rupture, tout en le brutalisant pour qu'il arrive plus rapidement.
Personne ne montre de compréhension pour celui que les autres veulent exclure, parce que tout le monde craint qu'en prenant parti pour un exclu, on finisse exclu soi-même...
Et ils n'ont pas tort de le craindre, parce que c'est la réalité.
Échec et mat pour ceux qui ont du coeur humain, parce qu'ils doivent le masquer et ne peuvent donc même pas se rencontrer...
Ma vie...? Ne me demandez pas trop de détails précis...
C'est moins que je ne veuille pas en parler, mais je sais vous n'aimeriez pas les lire, mes confidences, tout comme personne n'a jamais apprécié, dans aucun des entourages que j'ai fréquentés, de
les entendre.
Je vous parle de maltraitance à enfant, entre autres.
L'une de mes luttes est, depuis plusieurs années, d'informer sur ce sujet, qui est dramatique, autant en situation que par ses extensions aux conséquences en entonnoir par effet papillon, où
l'oscillation ne rétablit pas l'équilibre mais génère un monde de plus en plus violent.
Sur ce sujet, je suis intarissable, vous verrez...
C'est que, la maltraitance, je l'ai mangée par les deux bouts : D'un côté, je m'en suis
mangées plus que cela n'est supportable, de l'autre, j'ai ravalé tout ce qui aurait pu me pousser à reconduire, à faire comme j'avais appris...
Ah, je vous le dis, la vie est dure, et les gens sont des abrutis... désinformés et abrutis, et à qui la faute...? Ce n'est pas une blague, mais ça ne vient pas d'eux, même s'ils ont l'air de
toujours en redemander...
Je ne vous en parlerai pas, afin de vous éviter de devoir me blesser comme ceux qui m'ont répondu en face,
ainsi...
Une dame d'un âge certain, bénévole dans un magasin du monde, en réponse à ce que je lui disais sur la maltraitance aux enfants : "Ah, madame, c'est terrible ce que les gens se permettaient
dans le temps, heureusement que, de nos jours, ça n'existe plus."
Une bénévole à la Croix Rouge, où elle vendait des vêtements de deuxième main : "Et travailler... vous avez déjà essayé...?"
Ah, je vous le jure, le monde est beau, mais la perfection n'est pas encore atteinte, loin s'en faut...
Et les bénévoles des oeuvres charitables sont si sensibles aux souffrances de ceux qui, complètement démunis sans elles, ne parviendraient jamais à se défendre, n'est-ce pas...?
Qu'est la charité en pareil cas...???
Dans la lutte contre les Souffrances Universelles, lorsqu'on s'est fixé pour objectif de renseigner, fut-ce parce qu'on a fait
ses universités par la pratique, on sait qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs...
Ceci pour vous dire que j'en parlerai quand même...
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